15 octobre 2005

Un Chelsea impitoyable!

Chelsea est-il invincible? La question mérite véritablement d'être posée après un début de saison qui force le respect. Avec un bilan de neuf victoires en championnat en autant de rencontres, difficile de trouver un quelconque motif de déception du côté des Blues. La dernière victime en date: Bolton, atomisée cette après-midi sur sa pelouse par cette machine à gagner et à marquer. Et ce ne sont pas les Reds de Liverpool qui me contrediront, eux qui ont subi une sentence sensiblement identique en s'inclinant 4 buts à 1 à Anfield Road il y a deux semaines, face à cette redoutable formation dirigée par un José Mourinho qui brille autant par son arrogance que par son charisme. Si bien que depuis le début de la saison, l'équipe a remporté tous ses matches, toutes compétitions confondues, à l'exception de leur deuxième match de Ligue des champions face à... Liverpool. De quoi impressionner un championnat considéré par beaucoup comme joué d'avance. Et si le championnat de France peut également souffrir d'un manque de concurrence vis-à-vis du quadruple champion de France lyonnais, les clubs anglais vont devoir se faire une raison: les Blues ont une telle soif de victoires qu'il sera quasiment mission impossible de les empêcher de conquérir un deuxième titre consécutif en Premier League.
Pour tenter d'expliquer cette incroyable force qui anime les hommes de José Mourinho, il est inévitable de parler en terme de pouvoir économique. L'arrivée il y a trois ans de Roman Abramovich a permis au club londonien, outre le fait de rembourser toutes ses dettes, de bâtir un empire financier que seuls Manchester United et le Real Madrid sont capables, à l'heure actuelle, de contester. Dans ces conditions, difficile de rivaliser lorsque toutes les équipes ne bénéficient pas des mêmes armes pour attaquer une nouvelle saison. Ainsi, autour des cadres que sont John Terry et Franck Lampard, l'homme d'affaire russe a recruté à souhait depuis son entrée dans le capital du club: une pluie de millions s'est abattue en Europe. La dernière en date concerne l'arrivée quelque peu chaotique de Michael Essien, après moult négociations qui ont abouties à un transfert estimé à 38 millions d'euros pour un joueur qui, il y a deux ans, était à peine promis un bel avenir, lui qui allait pourtant franchir un palier bien plus important que l'on pouvait le croire, au point d'être considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs au monde à son poste. Didier Drogba a, lui aussi, connu un parcours similaire, passant de Guingamp à Chelsea en l'espace de deux saisons seulement! Montant du transfert: 37 millions d'euros! Et l'on ne parle pas des Wright-Philips, Ricardo Carvalho, Petr Cech, Hernan Crespo ou encore Arjen Robben, qui ont tous rejoint le club à coup de millions d'euros. Arsène Wenger, l'entraîneur français d'Arsenal, est d'ailleurs monté au créneau en dénonçant ces pratiques qui font considérablement vaciller la concurrence en matière de pouvoir économique.
Mais le simple fait d'expliquer cette hégémonie par ce paramètre serait oublier qu'une équipe se construit d'abord avec des joueurs et un esprit d'équipe. Et lorsque l'on voit à quel point le Real Madrid est devenu une usine à star, montrant plusieurs fois ses limites ces dernières années en privilégiant le côté marketing à l'esprit sportif, on est en droit de dire que Chelsea est un exemple en matière d'esprit d'équipe. Pendant que le Real multipliait les rencontres soi-disant "amicales" en Asie, les Blues se préparaient consciencieusement aux Etats-Unis face à des pointures européennes, telles le Milan AC, bénéficiant ainsi d'une opposition à la hauteur de leur standing, alors que les Madrilènes étaient piteusement battus par de modestes formations asiatiques, accumulant par la même occasion de la fatigue en raison, en plus du voyage et de l'accumulation des matches, de la pression médiatique qui entourait cette campagne. Manchester United est un autre exemple de réussite. Le club s'est structuré au fil des années en bâtissant un centre de formation à la hauteur de leurs ambitions. Mais le plus surprenant vient de la rapidité avec laquelle Chelsea a atteint le niveau qui est le sien aujourd'hui, au contraire des Mancuniens, qui ont du patienter près de dix ans pour enfin atteindre ses objectifs. Deux ans ont, en effet, suffi au club de Roman Abramovich pour mettre fin à cinquante années de disette en championnat. Un tour de force qui s'explique par cette incroyable force de caractère que dégage cette équipe, une force qui a été favorisée par l'arrivée de José Mourinho, dont l'influence, tant sur la scène médiatique que sur les pelouses d'Europe, a véritablement donné ce supplément d'âme qui permet aux Blues d'atteindre un niveau aussi élevé.
Autant dire qu'il sera bien difficile de mettre fin aux envies communes de l'entraîneur portugais et de ses joueurs, dont la confiance autant que les critiques qui entourent le club donnent un courage et une combativité qui n'est pas près de s'éteindre d'ici la fin de la saison. Mais le football nous a souvent appris qu'il n'était pas une science exacte, de quoi donner ne serait-ce qu'un soupçon d'espoir à leurs adversaires et de proposer au championnat anglais un combat sportif digne de ce nom...